Elle avait une chevelure noire et
longue, signe d'un entretien soigné que seul un revenu approprié
peut vous permettre.
Il avait le cheveu ondulé, brun et
fourni, sentant bon la coloration de qualité et l'implant
fraîchement planté.
Son chemisier dissimulait à peine une
poitrine généreuse, à régénérer régulièrement dans une
clinique spécialisée.
Son polo spécial tennis était un de
ces rares modèles renforcés aux épaules.
Son fuseau de cuir laissait deviner des
jambes que les régimes avaient atrophiées.
Son pantalon de flanelle flottait sur
ses fesses flétries.
Sandales à bride, hauts talons de
compétition, idéales pour des petits pas trottés.
Chaussures en faux croco, talons
expansés, astiquées à l'extrême.
Rides dissimulées, qui trahissaient
des peaux qui avaient trop connu le soleil, les séances de bronzage,
les maquillages, les abus de parfums.
Lunettes de haute couture, paravents
des cernes d'yeux qui ont trop peu dormi.
Des sourires étudiés, découvrant des
dentitions qui firent la fortune de dentistes.
Ils étaient là, tous les deux, sur
cette première page du magazine.
Douce compagne, pas de magazine pour
nous, mais quand je nous vois, reflets de nous même, dans ce miroir
sans complaisance, bras dessus, bras dessous, je nous trouve beaux!