Nous étions bien jeunes, encore même
plus jeunes que cela... La maternelle, à peine sortis du cocon
familiale. Elle s'appelait Elle, je m'appelais Lui, nous étions
inséparables. S'agissait-il d'amour, d'amitié, d'affinité ?
Je ne saurais le dire. Nous étions en symbiose. Pour se rendre à
l'école, nous marchions quelques pas devant nos parents, sans un
mot, à l'unisson, au plaisir de se retrouver. Nous étions conscients
de nos différences, elle dans son rose, moi dans mon bleu, quelle
importance ? A cet âge, on se contente de vivre le moment
présent, pas de projection sur l'avenir, pas de regret sur le passé,
pas de compétitivité. On peut dire que nous étions heureux.
Au passage à la communale, séparation
des garçons et des filles, elle dans son établissement, moi dans le
mien. Plus de marche côte à côte, plus de regard de complicité,
plus d'échange muet. Je n'ai pas compris, je suppose qu'elle non
plus ! Après tant d'années, je n'ai toujours pas compris.
Je l'ai revue, de temps en temps, de
loin en loin, inaccessible.
Bien plus tard, nous avons partagé le
même cours de chant, chorale commune orchestrée par notre prof de
chant. Je lui ai tendu la main, elle l'a regardée, puis s'est
détournée. Elle était devenue une fille et moi un garçon !
Je ne suis pas certain qu'elle m'ait reconnu, du moins c'est ce que
je me dis.
Aujourd'hui encore, quand je souris à
une femme, la suspicion est de mise, quels noirs desseins cache ce
sourire. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, par la
culture et dans les têtes, pour que nous acceptions nos différences
et comprenions notre complémentarité.
Je n'ai pas oublié !
Quand je vous dis que je n'ai toujours
pas compris !