Pages

jeudi 23 août 2012

Et pourtant...



Et pourtant tout avait été étudié, analysé, disséqué, simulé! Cela devait baigner dans l'huile, rouler ma poule, doigter dans le nez, comme quoi on peut tout prévoir, sauf l'imprévisible!

Avec minutie...
Avec minutie, patience, le projet avait mûri pendant un an, une année de préparation, un mois de réalisation, ne rien laisser au hasard, mettre tous les atouts dans ses mains:

Un travail d'équipe...
Un travail d'équipe, c'était la clé de la réussite! Trouver les meilleurs collaborateurs, les meilleurs spécialistes, les intéresser au projet, les rémunérer comme il se doit, les moyens seraient là ainsi que la récompense finale!

La recherche...
La recherche d'informations, clé de voûte du projet! Trouver les bons informateurs, recouper les résultats, garder le sûr, rejeter le douteux, analyser le possible, détecter les failles!

Tracer...
Tracer les grandes lignes, puis développer... Tel le peintre transposant la muse sur sa toile blanche... d'abord l'ébauche, aux traits fins, puis rectifier la courbe d'un sein, peaufiner la rondeur d'une fesse, accentuer un regard... puis appliquer les couleurs, par petites touches, avec délicatesse, avec amour!On sentait poindre le chef d’œuvre!

Mettre un nom...
Mettre un nom devant chaque tâche, le meilleur ouvrier pour le meilleur travail, organiser le déroulement, assigner les responsabilités, éviter les redondances, les bousculades, les engueulades!

C'était écrit...
C'était écrit, toute la séquence, du tout début à la conclusion finale; le quand, le comment, le par qui. L'entrée, le plat principal, le dessert, le café et le pousse café, seule l'addition resterait à attribuer!

Top départ!
Top départ! L'opération est lancée! Objectif final dans quatre semaines, pas avant, mais surtout pas plus tard! Ne rien précipiter, mais ne pas flâner non plus! Le respect du planning était impératif, le succès en dépendait!

Une idée à creuser...
Une idée à creuser, elle débouchait sur le "à creuser" tout court. Creuser un mètre de roche, dure comme du granit, sans outillage sophistiqué! Il fallait, à tout prix, éviter les vibrations, les bruits, au risque de voir tout s'écrouler!

Une autre vision...
Une autre vision après une bonne semaine de travail intense, un travail plus à la petite cuillère qu'à la louche, caillou par caillou, grain de sable par grain de sable, mais ils y étaient arrivés, un beau trou de soixante centimètres de diamètre, première récompense aux ampoules et sueurs!

Se faire le mur...
Se faire le mur, c'était l'étape suivante, un mur de métal de trente centimètres, délicat, chatouilleux, aux aguets! Un amateur aurait allumé son chalumeau, astiqué sa perceuse, affûté son burin! pauvre hère, c'était ne pas tenir compte des détecteurs de chaleur, des micros ultrasensibles, des sismographes aux aguets!

Un petit génie...
Un petit génie sans rougir! Personne n'y avait pensé avant lui, ou n'avait pas mis en application l'alliance de l'acide et de la patience! L'acide pour ronger, la patience pour ne pas éveiller les soupçons! L'acide est discret, ni bruyant, ni vibrant, mais chaleureux en grignotant son repas! Là intervenaient la patience et un thermomètre électronique. Déposer l'acide goutte à goutte, ne permettre que des montées de température n'excédant pas les variations saisonnières d'une belle journée d'automne!

Une petite entreprise...
Une petite entreprise, avec ses équipes, ses trois huit, ses cinq jours travaillés et ses deux de repos, il l'avait créée! L'acide fît son travail, la patience aussi, il fallut près de trois semaines pour grignoter le mur, millimètre par millimètre, jour par jour!

Le jour de paie...
Le jour de paie se trouvait derrière le film infime qui les séparait encore de la salle qu'il protégeait! Encore un soupçon d'attente, ne pas agir trop tôt, ni trop tard, ce jour de paie était déjà défini depuis longtemps... un beau week-end d'Octobre! L'anticipation de Noël en quelque sorte! Que de chouettes cadeaux en perspective!

Silence, on tourne...
Silence, on tourne la manivelle! Cette petite manivelle, à travers une mécanique complexe et sophistiquée, enroulait un fil de nylon autour d'un petit cylindre, plus lentement encore qu'un pêcheur remontant une vieille chaussure. Au bout de ce fil, un minuscule harpon, planté avec précision dans un énorme sac au fin fond de la salle! Pas trop haut, pas trop bas, il ne fallait pas que le sac bascule, ne pas réveiller les détecteurs de mouvements assoupis! Le déplacement était aussi lent que possible, l'électronique a ses limites, comment détecter le souffle d'un chérubin? Une petite suée, quand même, au tir du harpon, même si petit ,allait-il passer inaperçu? Non? L'histoire se serait arrêtée ici, alors on continue?

Et un, et deux, et trois...
Et un, et deux, et trois sacs furent ainsi extraits de la salle obscure! Il avait estimé huit heures pour extraire un sac, avec une marge d'erreur d'une heure! Il en fallu neuf pour le premier, dix pour les deux derniers, nul n'est parfait! Ah! Si les manutentionnaires ne les avaient pas stockés si loin... On ne peut plus faire confiance au petit personnel!



Pas vite fait...
Pas vite fait mais bien fait! Les trois sacs blindés et scellés furent déposés avec respect dans la fourgonnette stationnée à cet effet! La lumière du jour était un peu crue pour les yeux habitués aux lunettes infrarouge! Bah! Il faut savoir souffrir pour bien paraître! Le travail à l’œil n'existe pas! Tous les indicateurs étaient au vert, contrairement à certains feux tricolore, mais il faut savoir les respecter, la loi c'est la loi!

Licenciés...
Licenciés les braves ouvriers, fin de leurs contrats à durée déterminée, les primes de licenciement parviendraient plus tard, inutile de s'inscrire au chômage, leurs professions n'y étaient pas recensées!

L'étonnement...
L'étonnement mis plusieurs minutes pour apparaître au front du brave employé qui ouvrît la porte de la salle en fin de semaine suivante, mais quelques secondes seulement suffirent pour que l'alarme soit donnée! Surprenant, il n'y avait pourtant pas, auparavant, une fenêtre ouvrant sur les égouts! L'accès du nettoyage sûrement, la femme de ménage avait bien fait son travail, plus aucune trace suspecte!

L'enquête...
L'enquête fût, comme il se doit,confiée à la police criminelle, et celle-ci ne se dérobât pas et enquêtât! Ce n'était pas la première fois que des malfaiteurs tentaient de s'attribuer des sacs de billets usagés, destinés à l'incinérateur, mais là, en connaisseurs, ils apprécièrent le travail effectué avec minutie. Des artistes, respect! En définitive, cela ferait faire des économie au contribuable, dépenser de l'argent pour en brûler, quelle hérésie!

Le rapport...
Le rapport établi pas les inspecteurs fût circonstancié et détaillé! On sentait une certaine mollesse pour poursuivre les investigations, certainement les conséquences d'une fatigue, d'un travail mal payé et mal reconnu! Une alerte fût transmise à Interpol, faudrait pas être les seuls à rigoler, faut bien que les collègues s'amusent un peu aussi, c'est ça la collaboration entre services et entre pays! Un flic reste un flic, quelle que soit la langue!

Le record...
Le record du casse du siècle! Il voyait son casse comme effaçant tout ce qui avait été réalisé avant lui! Un truc à postuler au guide Guiness des records! C'est certain, il n'aurait pas sa photo dans les journaux, mais on parlerait de lui dans les écoles de polices, la référence quoi! Il ne pouvait s'imaginer que du Guiness à l’almanach Vermot la frontière était si mince!

Le crime ne paie pas...
Le crime ne paie pas, c'est du moins ce que l'on tente d'enseigner aux enfants, la réalité n'est pas si simple! Parlez en donc à l'internationale des policiers, à la réception de la demande d'Interpol! Eux n'ont pas fini de se payer la bosse de rire à la lecture du papier le plus officiel qui soit: "Recherche cambrioleurs... etc.... ayant dérobés des sacs contenant des billets destinés à la destruction, dont la description suit".

Description:
Billets périmés retirés de la circulation depuis vingt ans! Inutile de les rechercher chez les collectionneurs, même les plus amateurs ne dépenseraient pas un centime pour une de leurs liasses!
Chers collègues, nos salutations fraternelles!


Aucun commentaire: