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samedi 25 août 2012

Julot


Lui c'était Julot, du moins c'était le surnom connu dans le troquet "Au rendez vous des amis"! Il s'y était fait une renommée à force de pastagas et de 421 mémorables! Son vrai prénom, Jules, lui collait à la peau comme un chewing-gum au pantalon d'un rond de cuir! Il dénotait un peu par son physique, taillé comme une arbalète, un visage émacié sous une chevelure carottes bien mûres!

Son opposé c'était Omer, pas celui des Simpson, un autre! Il aurait pu remplacer le Bibendum Michelin au pied levé, le sourire en moins! Sa fréquentation préférée: les boites de nuit, comme videur!

Le troisième acteur était un pavillon de banlieue, juste un peu plus grand qu'un cabanon de jardin, mais légèrement plus petit que le château de Versailles! Vous matez le topo?

Rien ne prédisposait ces trois là à se rencontrer, il est des hasards dans la vie...

Le catalyseur déclenchant, j'adore les pléonasmes, fût une superbe Jaguar, pas la bête, la voiture, qui attirât l'attention de nos héros sur ce charmant pavillon!

Une jaguar qui passe et repasse une grille, mieux qu'une blanchisseuse, ça peut attirer l'attention, pour les gens qui savent regarder.

Ce manège donna des envies à Julot, qui était amateur de belles choses, c'était un contemplatif, un sensible, un émotif! Des envies dont l'une d'abandonner provisoirement "Au rendez vous des amis" pour le troquet en face du pavillon!

Pour Omer, cette Jaguar lui coupât la route et déclenchât un irrésistible besoin d'en savoir plus sur son conducteur! Un mouvement impulsif d'auto défense, quoi!

Maintenant un petit problème de réflexion:

Considérons une jaguar qui sort tôt le matin, rentre tard le soir, chaque jour ouvrable de la semaine.

Considérons que cette même Jaguar, l'été arrivé, soit sortie un beau matin et ne s'en soit pas retournée le soir.

Considérons son absence prolongée et un manque d'éclairage, quotidien, dans le pavillon associé!

Julot, lui, ne donnât pas sa langue au chat!

Un sursaut écologique contre la pollution l'obsédât; renouveler l'air vicié d'une maison trop fermée! Il est des pulsions qu'il ne faut pas contrarier, cela donne des aigreurs, des palpitations, des impatiences! Il faut savoir leurs donner libre cours à ces pulsions, Julot en était convaincu! C'était hygiénique! Meilleur qu'un p'tit blanc sec accompagnant un jambon beurre! Bon pour la Santé!

C'est ainsi que notre brave ami se rendît un soir, à la fraîche, dans le seul but humanitaire d'aérer un lieu un peu trop confiné!

La logique veut que, pour être efficace, l'aération d'une maison se fasse par les fenêtres! Une du rez de chaussée ferait bien l'affaire! Un petit tour de diamant, une crémone qui se déverrouille et l'air vicié s'échappe, l'air frais s'engouffre à l'intérieur, comme Julot, aspiré par le courant d'air, certainement!

Un tel investissement méritait bien une récompense, une sorte de dédommagement pour service rendu! Notre ami se mît en quête d'un petit rien!

La quête se transformât en surprise devant cette ombre accroupie face à un coffre fort SuperSafe 156 à gougeons renforcés de 1954 révisé 1958!

Omer entendît le parquet craquer derrière lui, il fît volte face avec une rapidité surprenante pour une personne de sa corpulence! Il levât sa main droite, celle qui tenait la plume avec laquelle il venait de caresser la porte plus blindée qu'un char Leclerc! Geste demi défensif, demi attaquant, face à la silhouette fil de fer, gapette enfoncée jusqu'aux oreilles, sac en bandoulière, qui se dressait devant lui!

Julot résumât la situation en quelques mots bien choisis:

"Merde alors!".

Tout était dit!

Ils se défièrent quelques instants du regard, puis le courant passât entre eux! Rien ne servait de s’étriper, ils avaient un ennemi commun: le coffriot!

Ah! Si tous les gars du monde pouvaient se donner la main, et à défaut, un coup de main!

Ils excellaient, chacun, dans une spécialité appréciable: Omer était le roi de la chignole, le tombeur de serrure! Julot vous interprétait le grand air de la Tosca au chalumeau à acétylène, un virtuose!

Le duo entamât une représentation sublime de "Coucou, ouvre, c'est nous!", pièce en trois actes ou un tombé, à la fin de laquelle le coffre béât d'admiration!

Consciencieusement, nos duettistes firent le ménage adéquat et appliqué du contenu des étagères! Trois fois rien, un dépoussiérage, retirer la jonquaille et quelques talbins, le lieu serait clair et net! On a, ou on n'a pas, de conscience professionnelle! Eux, ils en avaient à revendre!

Complémentaires les compères, Omer connaissait un fourgue sûr, Julot un joaillier pas trop regardant sur les bijoux de famille qu'on lui apportait!

Un peu de vacances, un petit séjour sur la côte d'azur récompenseraient un travail bien accompli, feraient envoler tous leurs soucis, leur petit pécule aussi! Casino n'était pas qu'une enseigne de supermarchés! Dans certains il y avait plus de Cadillacs que de Caddies! Question de standing! L'addition n'y était pas la même non plus! Les cartes de fidélité y étaient inconnues, cependant la clientèle dépensait sans compter!

Une amitié grandissante commençât à lier les deux hommes, ils décidèrent d'un futur commun! On ne change pas une équipe qui gagne! Ils étaient devenus un team!

Comme pour les pues la sueur, les vacances c'est bien, mais il faut savoir, à un moment ou à un autre, se remettre au turbin!

Leur petite entreprise fonctionnait à merveille, il est bien connu que l'économie française est surtout soutenue par l'artisanat! Ils renoncèrent cependant à embaucher, à notre époque comment être sûr de ses employés? Il y a des malfaisants partout!

Mais l'amitié a ses limites! Les voies de l'avenir sont incertaines et surprenantes, le seigneur en sait quelque chose!

C'est ainsi que leur relation prît un tournant, un beau matin de Septembre, lorsque, dans un bled paumé entre les Baumettes à Marseille et la Maison d'Arrêt de Lyon Corbas, devant les regards interrogateurs d'un maire, de ses assistants et des deux témoins tout frais sortis de Fleury Mérogis, ils se marièrent!

L'annonce d'un heureux événement est attendue pour bientôt!

C'est beau l'amour, non?





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