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lundi 20 août 2012

Le hotu



"Quel temps de cochon!" Telle était la réflexion que se faisait Paul le Nantais, essayant, tant bien que mal, d'abriter sa carcasse sous l'auvent du fleuriste! Il était vrai qu'il pleuvait depuis l'aube avec un petit vent vicieux qui vous rabattait le crachin en pleine figure!
Et puis il n'avait pas un gabarit commun le Nantais, plus jeune il avait été séduisant, yeux bleus, visage poupin, grands cheveux châtains, le tout dominant un corps souple et félin! Avec les âges, les yeux bleus se sont délavés, la visage poupin s'est émacié, le cheveu s'est fait rare, le corps d'athlète a pris de l'embonpoint.
Une rafale lui embuât les carreaux, augmentant sa mauvaise humeur. Déjà les "Toc! Toc" des gouttes tombant sur son bitos, petites fuites d'une gouttière mal entretenue, avaient largement entamé son capital optimisme! Il aurait dû opté pour une gapette plutôt qu'un bada pour protéger sa calvitie naissante, mais il avait estimé que c'était moins classe! Pour le comble, ses pompes jouaient à Titanic, prenant l'eau sans vergogne, ses fumantes faisant mèches jusqu'à son futal qui avait connu des jours meilleurs!
Cela faisait maintenant un quart d'heure qu'il surveillait le troquet d'en face, attendant avec impatience l'arrivée de Dédé le Hotu! Cela allait être sa fête au Hotu! C'était pas une flèche le Dédé, on n'aurait pas parié un kopeck sur ce canasson de retour, mais il avait eu le fion de miser sur un bon bourrin, un jour aux cantines, de décrocher la timbale qui lui avait permis d'acheter ce rade au fin fond d'une banlieue pourrie.
Depuis il s'était marqué avec Simone les belles mirettes, une gamine dont la culture tenait plus dans ses formes que dans son ciboulot! On pouvait imaginer les exercices physiques qui faisaient que le Dédé avait besoin d'un démonte-pneu pour s'extraire du pageot le matin! Les supermen de l'édredon c'est bien dans les films, ou à la télé, le soir, dans les romans "nous deux - intimité" interdits aux moins de 16 ans, diffusés à partir de 23 heures, car, en réalité, sans doping, fallait rester modeste!
La silhouette du Hotu apparût au coin de la rue. Reconnaissable le Dédé, vouté, avançant au petit trot, un reste du turf sans doute, donnant l'impression qu'il allait se casser en deux au pas suivant. Marrant comme certains ne vieillissent jamais, simplement parce qu'ils ont toujours paru vieux! On a du mal à se l'imaginer gamin, le Hotu, il devait les afficher cette moustache triste, cette chevelure suiffeuse, ce nez de boxeur n'ayant pas eu de chance, ces yeux qui devraient rendre obligatoire le port de lunettes de soleil afin de ne pas choquer les cœurs sensibles, des oreilles permettant de déterminer le sens du vent, une bouche si mince que plus petite elle n'aurait pas existé! La partie de ce corps délabré qui avait le plus plue à Simone, c'était sans aucun doute au niveau du cœur, là où se trouve le chéquier! Le coup de foudre, quoi!
Il avançait, sous la pluie battante, protégé par un pardoss qui avait dû appartenir à son arrière grand-père, ainsi que par un "Parisien libéré" au-dessus de sa tête, lui évitant ainsi un shampooing qui aurait fort étonné la colonie animale qui l'habitait.
Enfin il arrivât devant l'estaminet, délourdât la porte principale et s'engouffrât comme une anguille dans l'obscurité dominante!
Encore quelques instants, lui laisser le temps de remonter le rideau de fer, d'allumer les loupiotes de la salle et il allait pouvoir foncer le Paul! Ses pognes se serrèrent dans ses fouilles trempées! Sa mâchoire se contractât, mais il prît sur lui, ne rien laisser paraître, faire comme si de rien n'était, malgré les kilomètres affichés au compteur, il était resté un homme, un vrai!
Depuis sa sortie de cabane, 20 ans de placard, il n'attendait que cela, ce moment béni, ce qui lui faisait paraître la vie moins triste, ce petit cérémonial matinal, prendre son petit caoua!
Il avait maintenant une vie rangée, un taf réglo, il était devenu un vrai boulot, un pue-la-sueur! Alors, avant de se mettre les mains dans le cambouis, il lui fallait son petit noir! Si le Hotu continuait à radiner à la bourre, tant pis, il changerait de crèmerie, mais on a ses habitudes! Faudrait quand même pas le faire passer pour un cave auprès de sa boite, trop de retards ferait désordre!
Merde! Passer honnête, ce n'est quand même pas à la portée de tout le monde!





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